FROM INDIA
Régalez-vous!
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Ma chère,
Me voilà confronté une fois de plus à la barbarie et au vulgaire. Moi qui, il y a encore peu de temps, guettait la licorne et courrais les femmes fontaines; moi qui de mon cœur d'épicurien humais les jartelles comme on l'aurai fait d'un grand cru. Je me confronte aux scribouilleurs d'Épinal et aux naufrageurs de rêve.
Il y a quelques lunes je divaguais sur le lexique de certaines expressions francophones qui tentait d'expliquer par la logique et la raison les tours et détours des petites perles qui émaillent de mystère le langage quotidien, nombre d'entre elles étaient là : de but en blanc, être habillé comme un as de pique, avoir le cul bordé de nouille, etc… Lorsque sans crier gare, au détour des listes, j'en vis une de celle qui ne figure dans aucun répertoire d'aucun dictionnaire tant son explication semble évidente et couler de source.
M'étonnant de sa présence je ne pus m'empêcher d'aller voir de quel bois se chauffait l'auteur qui osait présumer écrire sur une locution proverbiale que j'avais emprunté depuis longtemps, sinon pour mon apanage mais bel et bien pour guider mon mode de vie.
"Prendre son pied" à cette seconde signifiait encore pour moi dans une référence floue du passé de ma petite enfance, trouver une camarade de jeu courtoise avec qui les ébats sont tels, que rythmés par des contorsions et souplesses en tout genres. Je voyais dans l'acte mille et une raisons de jouir qui aurait poussé tout participant à gesticuler et à ainsi être amener à "prendre son pied", preuve s'il en était besoin de sa souplesse et garantie du mystère quand aux différentes positions qui amenaient lors de cet apax les jouisseurs impénitents à se raccrocher au dernier port possible dans cette tempête de membres égarés, leur pied…..
Cette explication m'était suffisante et je vivais heureux en songeant qu'hommes et femmes de goût savait prendre leur pied quand il leur en venait l'envie dans ma galaxie dédiée au plaisir altruiste.
Or au fur et à mesure des lignes d'explication, ma théorie papillonesque s'effritait sérieusement, et mes conjonctions acrobatico-sexuelles prenait tristement le bord….
Trouvez ci-dessous les cruels monceaux de connaissances, rêveur s'abstenir….
A l'origine l'expression, ne vous en déplaise messieurs, était plutôt dédiée au plaisir féminin.
Mais commençons par le commencement...
Dans cette expression, " pied " n'évoque au prime abord pas nos chers petits petons, mais l'ancienne unité de mesure (un pied équivalent à une longueur d'environ 33 cm, ceci pour la " culture et toc ! ").
Donc prendre son pied, lors des ébats sexuels, signifiait " avoir sa part de plaisir "... Sous-entendu, ce que certains oublient peut-être (oui c'est un message ultra féminin dédié à ces messieurs), qu'un échange se doit d'avoir lieu et que chacun des partenaires a droit à sa " ration " de jouissance...
L'expression qui a donné naissance à " prendre son pied " était en fait " prendre son fade ", le terme de " fade ", équivalent au terme " pied " en argot ancien, signifiant " la part de butin ", au début du 19ème siècle.
Poétisons un peu la chose et imaginons donc que deux personnes (ou plus... gardons l'esprit ouvert...) qui font l'amour " oeuvrent " dans le but de recevoir un trésor, qui n'est autre que la jouissance physique... Chacun d'entre eux " mérite ", en regard des efforts accomplis pour parvenir à l'objectif final, de recevoir " sa part du butin ", à savoir... prendre son pied...
Ah, mais j'allais oublier de vous expliquer pour quelle raison l'expression était à l'origine plus féminine que masculine : il était à l'époque " monnaie courante " de représenter la femme au moment de la jouissance sexuelle en train de saisir son pied... Spasme physique ou moeurs sexuelles de l'époque... Mystère... Toujours est-il que le vocabulaire argotique allié à la représentation physique en ont fait une expression très usitée de nos jours...
Encore faut-il trouver chaussure à son pied...
Et voilà en quelques fragments de seconde ma licorne est une génisse, mes papillons des mouches à merde et mes soyeuses jartelles des chaussettes de sport, coton mélangé, taille unique, 2 euros les douze.
Malgré le réconfort des dernières lignes, dés le lendemain j'ai fermé l'école de peur d'apprendre par mégarde quelque chose à un de mes élèves, une de ces versions réalistes des choses qui vous tue la beauté des mirages. Je hère depuis nu sur les chemins d'inde en recherchant les preneurs de pieds indiens originels du kama sutra...."